Journal de bord #14

Leg 4 la dernière étape


Message de Marie

« Leg 4, la dernière… Nous y voilà, la manche qui va nous permettre de boucler ce tour du monde, et accessoirement, de rentrer à la maison.

Le stop à Punta Del Este fut salvateur : après avoir éteint des incendies à coups de pelle lors des escales de Cape Town et surtout à Auckland, (quelques « surprises budgétaire » ) ce fut vraiment agréable de pouvoir se poser, dans le même endroit pendant deux grosses semaines, et de décompresser. Pour vous dire, j’ai pu pour la première fois mettre mes vêtements dans une penderie et des placards, et j’ai trouvé ça dingue, alors que ce n’est vraiment pas le détail auquel je prête attention dans ma vie de terrienne ! Le bateau n’avait quasiment pas besoin de maintenance, juste l’entretien de routine, l’équipage du Sud partait, les anciens de la première manche revenaient, tout roulait. Une de nos grosses différences avec des bateaux de course moderne réside dans le montant des budgets. Sur une Ocean Race, dès que le bateau arrive au port, les navigants partent en vacances pendant que l’équipe technique prend le relais. Nous, nous devons assurer toute la maintenance du bateau, rincer ranger, trouver sur place tous les fournisseurs pour des pièces en général unique et vintage, trouver une voilerie acceptant de réparer les voiles à bord sous peine de se prendre des pénalités par l’orga, préparer l’avitaillement de la prochaine manche etc etc…sans oublier de se reposer si possible. Pour ma part, je passe très peu de temps à bord, mon travail se passant dorénavant derrière un ordinateur. Encore une fois, l’équipage du VI, pro et amateur, ont fait un très bon travail. Je savais qu’être au départ était une première victoire, ce que je ne savais pas c’était qu’être au départ de chaque manche, serait à chaque fois une victoire !

Mais nous y sommes, grâce à de bons anges gardiens et une foule de personnes autour de nous qui croit dans cette aventure, nous allons avoir la chance de finir cette boucle.
J’ai pour habitude de dire que la chance, c’est les intérêts du travail. Et s’il y en a qui ont travaillé, c’est nos « meilleurs ennemis » de Translated9. Après avoir dû se dérouter aux Falkland suite à l’avarie de leur Swann (délaminage de la coque ) ils ont réalisés une vraie mission commando pour sortir le bateau de l’eau dans cet endroit perdu, réparer, reprendre la mer, et être à Punta Del Este 4 jours avant le départ. Mais une fois arrivé, ils ont dû ressortir le bateau de l’eau pour vérification et effectuer, encore, quelques réparations. Alors, lorsque Translated9 se présente sous spi devant la jetée de Punta, quasiment tous les membres des équipages de l’OGR étaient sur la jetée pour les ovationner ! De notre côté, Pen-Duick VI leur a offert une mémorable soirée « Pool Party » à notre crew house, réunissant pas mal d’équipages. Bref, ce qui se passe à Punta, reste à Punta.

Ils sont fatigués et ont fini l’avitaillement à quelques minutes du départ de la course, mais ils sont là avec nous, et notre bataille sur l’eau peut reprendre. N’ayez crainte, ce n’est pas parce qu’ils ont fait un job de dingue que l’on va les laisser passer. Nico Malingri et moi avons tous les deux notre histoire à écrire, tous les deux des millions de raisons de gagner cette dernière étape. Une chose est sur, nous sommes agressifs sur l’eau, nous poussons nos montures et nos équipages, mais nous serons très heureux de nous retrouver à Cowes, et encore plus fin juin pour fêter le vainqueur en Italie, lieux de la remise des prix de l’OGR.

 

 

 

En fait, une course en 4 étapes, c’est un peu comme le concours complet à cheval, pour ceux qui connaissent. ( ça, ça va plaire à ma copine Catherine Chabaud)
La première manche, descente de l’Atlantique. L’équivalent de l’épreuve du dressage. Finesse, rigueur. Pas d’adrénaline ou de grand danger, mais beaucoup de précision et de la technique.
Deuxième et troisième manche, le grand Sud. Où : le Cross. Là où l’on galope comme des malades à 550 mètres par minutes, en sautant d’énorme obstacle fixe, où la confiance couple cavalier-cheval est primordial. Adrénaline à bloc, l’épreuve est longue, intense et dangereuse.

Enfin la dernière épreuve : le saut d’obstacle. Des obstacles mobiles qui peuvent tomber, pour tester la fraicheur, le respect et la concentration du cheval après les 2 autres épreuves. Pour nous, c’est la remontée de l’Atlantique, avec tous ses pièges et après 7 mois de mer. Vraiment plein de piège : Cabo Frio, front froid atlantique, Pot aux noirs, Anticyclone des Açores, Golfe de Gascogne… L’air est chaud, les voiles usées, leurs plages d’utilisation sont donc différentes. Les bonhommes aussi sont fatigués… A prendre en compte dans les décisions.

Ce départ de Punta n’était pas comme les autres départs. Nous savions que c’était le dernier, nous savions que nous ne nous reverrions pas tous à Cowes, qu’en un sens, c’était déjà un peu le temps des adieux. Beaucoup d’émotions dans l’air, les regards de tous se perdent, personne n’a envie de se dire au revoir.

Il y a trop de différence entre les premiers et les derniers de la flotte pour pouvoir attendre tous le monde, alors ce mardi matin, au moment de me lever, je n’avais pas trop envie d’aller en mer…
Mais au moment où mes mains se posent sur la barre, au moment où je croise le regard de Nico Malingri, ce sentiment disparaît, tout comme le gentleman agreement passé ensemble la veille : « Pour le départ, cette fois ci on y va molo, on ne gagne pas une course sur un départ, et il y a beaucoup de mer » Mouai. On n’a pas pu s’en empêcher ! Chaud bouillant d’en découdre, nous voilà tous les deux trop tôt sur la ligne, mort de rire devant cette situation si prévisible quand on nous connait. Depuis Pen-Duick VI et Translated9 se livrent une belle bataille type match racing, voulant l’un et l’autre arriver le plus rapidement possible à Cowes, et en même temps…si ça ne pouvait jamais se finir… Toujours pas rassasié, toujours pas l’envie de rentrer, ni de les quitter.

Marie »

Suivez Marie et l’équipage du Pen Duick VI sur la carto : https://oceangloberace.com/fr/livetracker/


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